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Tableau de tapisserie ; garniture architecturale : ensemble de tapisseries murales

Dossier IM67020010 réalisé en 2012

Fiche

1. La réalisation d'une tapisserie

Aspects techniques

Comme tout tissu, la tapisserie se compose d'une chaîne et d'une trame. Selon la définition donnée par le Grand Livre de la Tapisserie, la chaîne est «un ensemble de fils tendus entre les ensouples, horizontalement dans le métier de basse-lice, verticalement dans le métier de haute-lisse. Anciennement en lin ou en laine, la chaîne est aujourd'hui habituellement en coton.» La chaîne sert uniquement d'armature, elle disparait dans le corps du tissu, c'est la trame, seule qui, constituée par les fils de différentes couleurs formant le décor, reste visible au final.

Outre la distinction entre les tapisseries réalisées sur un métier de basse-lisse, dites tapisseries de basse-lisse et celles réalisées sur un métier de haute-lisse, dites tapisseries de haute-lisse, il conviendra de différencier également les tapisseries d'art qui sont réalisées manuellement; c'est le cas des tapisseries d'Aubusson et donc de celles présentes à l'Université de Strasbourg ; des tapisseries ou tissus réalisés sur des métiers mécaniques permettant la reproduction rapide d'une même composition à de multiples exemplaires.

Une collaboration entre un artiste, «le peintre-cartonnier» et un lissier.

Qu'il s'agisse d'une tapisserie exécuté dans un atelier à Aubusson ou dans une manufacture nationale, la procédure reste la même : l'artiste, à qui commande est passée, a pour mission de réaliser un modèle d'exécution grandeur nature, plus communément appelé «carton». C'est pourquoi l'on parle également de «peintre-cartonnier». C'est ensuite le lissier qui exécute dans son atelier la tapisserie à partir de ce carton. Néanmoins, le résultat final dépend d'une collaboration étroite entre artiste et lissier. En effet, l'artiste se doit de comprendre les enjeux techniques d'un tel travail et ne peut se laisser aller à une trop grande liberté d'expression plastique. Il ne s'agit pas de peindre un tableau mais de comprendre les servitudes imposées par la laine, et la destination finale de l'objet même qui est la décoration murale.

Selon leGrand Livre de la Tapisserie, « les formes d'un carton de tapisserie doivent être écrites en un graphisme précis, les différentes zones de couleur nettement délimitées, les passages de tons et interpénétrations de nuances indiquées par des hachures ou des dents de scie que le lissier traduira par des «battages».Un carton de tapisserie doit être conçu en tenant compte de la grosseur de texture dans laquelle il sera exécuté et du sens dans lequel il sera tissé. Le cartonnier n'est pas libre de se laisser aller à toutes les fantaisies.

Le carton peut être peint soit à l'huile (en écartant dans ce cas tout effet de brillant ou d'empâtement) soit, de préférence à la gouache, ou simplement dessiné en un graphisme très précis, chaque tâche de couleur étant indiquée par un chiffre ou un signe conventionnel correspondant à une teinte préalablement choisie dans un échantillonnage de laines déterminé (méthode du carton chiffré utilisée par Lurçat).»

2. Un bref rappel historique

A Aubusson se trouvent , encore aujourd'hui, de nombreux ateliers privés de lissiers dont la majorité des tapisseries de l'Université de Strasbourg sont issues mais l'art de la tapisserie a également été pratiqué dans des Manufactures royales, devenues par la suite manufactures nationales. D'une part, Les Gobelins et la Manufacture de Beauvais, créées respectivement en 1662 et 1664 par Colbert et rattachées dès 1937 à l'administration du Mobilier National, travaillaient pour le roi; et d'autre part, Aubusson et Felletin, la ville voisine, où se trouvent des ateliers privés de lissiers, exerçaient l'art de la tapisserie pour une clientèle de condition moyenne.

Pendant plusieurs siècles, l'art de la tapisserie est resté cantonné à l'imitation de la peinture, à la représentation de scènes pastorales, de scènes de chasse ou encore de scènes religieuses et historiques. Une tapisserie n'était que la copie conforme d'une peinture.

Dès les années 1930, Jean Lurçat, chargé d'une mission de rénovation des ateliers d'Aubusson dans la Creuse avec Marcel Gromaire et Pierre Dubreuil, insuffle un renouveau dans l'art de la tapisserie. En 1932, ce-dernier réalise son premier carton intitulé «L´Orage».

Jean Lurçat est souvent décrit comme celui qui a libéré la tapisserie de «l´emprise de la peinture», bien que certains ouvrages remettent en question son rôle d'innovateur et d'émancipateur dans l'histoire la tapisserie.

Sa théorie du carton numéroté, celle de la réduction du nombre des couleurs ainsi que la netteté du dessin faciliteraient la collaborationentre l´artiste et le lissier, en même temps qu'elle aboutirait à la production d´oeuvres parfois décevante à cause d'un procédé de réalisation trop strict. Jean Lurçat n´a eu de cesse d´insister sur le rôle mural de la tapisserie : « C´est chose murale, c´est chose marchant la main dans la main avec l´architecture.».

Pour faire face à la crise des années 1930, le Mobilier National développe dès 1931 une politique d'encouragement de la tapisserie d'Aubusson. De nombreuses commandes publiques de tapisseries sont ainsi passées par l´État à des artistes entre 1939 et 1949.En 1945, Lurçat monte un atelier-école national sous tutelle du Mobilier National. Robert Wogensky, dont l´Université de Strasbourg possède deux tentures, y enseigne le dessin et la peinture. En 1958, l´atelier-école fusionne avec L´Ecole Nationale des arts décoratifs.

En 1946, le musée d´art moderne organise l´exposition «La tapisserie française du Moyen Age à nos jours» et consacre ainsi les réalisations d´Aubusson. On assiste chez des artistes, tels que Picasso, Miro, Arp, Calder, Delaunay, etc. à un renouveau d´intérêt pour la tapisserie.

En 1947, sous la présidence de Jean Lurçat, est créée l´Association des Peintres cartonniers de tapisserie, par Denise Majorel, galeriste.Jean Lurçat n´a eu de cesse de défendre l´art de la tapisserie et de vouloir le structurer au niveau institutionnel.

La période allant de 1949 à 1966 est marquée par une véritable renaissance pour la tapisserie, la commande publique étant installée de façon pérenne. Puis, certains ateliers souffrent à nouveau d´une baisse de commande même si l´État maintient la procédure de commande. De grands noms de peintres, tels que Yaacov Agam, font alors leur entrée dans l´art de la tapisserie grâce au Mobilier National. Jack Lang, ministre de la Culture, annonce un plan de relance de la tapisserie, le 5 septembre 1981, lors du discours inaugural du centre culturel et artistique Jean Lurçat et du Musée départemental de la tapisserie à Aubusson. 27 mesures dont des bourses, des avances sur recettes et des expositions sont annoncées.A partir des années 90, les tapisseries, en tant que commande publique, sont désormais gérées par le FNAC, Fond National d'art contemporain, et la Délégation aux arts plastiques.

Dénominations garniture architecturale, tableau de tapisserie
Aire d'étude et canton Strasbourg - Strasbourg
Adresse Commune : Strasbourg
Période(s) Principale : 2e moitié 20e siècle

Les tapisseries murales

«un Aubusson» ou «un Gobelin»?

Aubusson est une ville de la Creuse où l'art de tisser des tapisseries de basse-lisse est pratiqué depuis des siècles sans que l'origine puisse en être exactement fixée. Le Grand Livre de la tapisserie la date au «VIIIème siècle selon une tradition au XIVème siècle avec certitude». L'art du lissier aurait été pratiqué depuis longtemps déjà par les Égyptiens, les Hébreux et les Grecs.

Parallèlement aux ateliers privés d'Aubusson, sont regroupées sous l'administration du Mobilier National, la Manufacture des Gobelins, celle de Beauvais et de la Savonnerie, depuis 1937.

Ainsi les expressions «tapisserie d'Aubusson» ou encore «un Aubusson de grande valeur» sont employées pour désigner une tapisserie qui aurait été réalisée là-bas, dans un des ateliers privés de lissiers. Il en va de même pour «un Beauvais» ou encore «une tapisserie des Gobelins». La tapisserie est la plupart du temps associée au nom de son lieu de fabrication.

Aujourd´hui, si les commandes de tapisseries d´Aubusson passées par la Mobilier National sont souvent conçues pour l´ameublement, le caractère monumental et le lien de la tapisserie avec l´architecture sont pérennisés par la procédure du 1% artistique - mobile et donc jugée insuffisamment attachée à un lieu précis, la tapisserie ne fera l'objet du décret du 1% artistique qu'à partir de 1957 - et les commandes des collectivités territoriales.

Depuis 2009, «la tapisserie d´Aubusson» est inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l´humanité par l´UNESCO.

Les tapisseries de l'Université de Strasbourg

En 1946, une grande exposition de tapisseries était organisée dans l'aula du palais universitaire pour l´inauguration de la première séance du Conseil de l´Europe qui se tenait en ce lieu. L´une d´elle y est d´ailleurs restée, sans doute à la suite de cet événement.

Aujourd´hui, l´enquête menée sur les oeuvres d´art de l´Université de Strasbourg a permis de recenser 8 tapisseries en son sein. 7 sont des tapisseries d´Aubusson modernes et contemporaines datant des années 1960-70. L'autre provient sûrement de la Manufacture des Gobelins. Parmi elles, 4 ont été acquises par la procédure du 1% artistique et la provenance des 4 autres reste à ce jour inconnue.

Peintres-cartonniers et liciers

L´Université de Strasbourg possède une tapisserie signée de Jean Lurçat, artiste reconnu qui a joué un rôle prépondérant dans l´histoire de la tapisserie. Trois ont été conçues par Robert Wogensky, un autre grand nom de la tapisserie dans la même mouvance que Jean Lurçat. Une tapisserie a été conçue par Jacques Despierre, une autre par Louis-Marie Jullien et, une, par Marc Petit.

La réalisation d'une tapisserie relève à la fois d'un artiste dit «peintre-cartonnier»- qui réalise le carton, modèle d'exécution grandeur nature de la tapisserie- et d'un lissier avec lequel il travaille en étroite collaboration et qui produit la tapisserie à partir du carton. Les noms des ateliers sont mentionnés ici au même titre que ceux des artistes. Ainsi, quatre de ces tapisseries ont été tissées par les Ateliers Pierre et Camille Legoueix, une par la Manufacture Pinton, une autre par l´Atelier Raymond Picaud et enfin la tapisserie de Jean Lurçat fut produite à la Manufacture Tabard.

Quand la tapisserie parle

Une tapisserie portant toujours les marques de ses créateurs, les informations nécessaires à cet inventaire ont ainsi pu être trouvées directement sur l´oeuvre. Y sont toujours présents : la signature de l'artiste tissée dans la trame au recto de l´oeuvre, la marque de l'atelier également tissée dans la trame au recto de l´oeuvre et parfois la date. Pour les tapisseries provenant des manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais, on retrouvera aussi les noms des lissiers qui ont tissé l´oeuvre. Sur l'envers, un bolduc, petite pièce d'étoffe numérotée, est cousu; il indique le titre de la tapisserie, le nom et la signature de l'artiste, l'année et l'atelier de confection. Certaines tapisseries de ce dossier ayant été clouées sur un châssis, lui-même fixé au mur, il n'a donc malheureusement pas toujours été possible d'accéder à ces informations, de peur d'abîmer l'ouvrage.

De mauvaises conditions d´installation et de conservation

Les tapisseries de l´Université de Strasbourg souffrent de mauvaises conditions d´installation et de conservation. Mal suspendues, elles se déforment au fil du temps. Elles sont toutes sans cesse exposées à la lumière du jour, et ce depuis plusieurs décennies, ce qui a pu modifier les teintes originelles de la plupart d´entre elles. Par méconnaissance de cet art peu valorisé, on sous-estime souvent ses conditions de conservation. Les restaurateurs de tapisserie recommandent d'exposer une tapisserie dans le noir sous une faible lumière électrique. La tapisserie ne doit pas recevoir la lumière du jour. Ces conditions étant difficiles à mettre en place dans une salle de réunion d'une université, on peut néanmoins recouvrir la tapisserie d'un rideau à chaque fois que celle-ci n'a plus de spectateur.

Statut de la propriété propriété d'un établissement public de l'Etat

Références documentaires

Bibliographie
  • BADETZ, Yves et BERSANI, Marie-Hélène (commissaires d'exposition) ;

    SCHOTTER, Bernard (préface). Elégance et modernité : 1908-1958 : un

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    nationaux, 2009

  • DUCROS, Françoise (dir.de publ.). Décor et Installations : exposition du

    18 octobre 2011 au 15 avril 2012, à la galerie des Gobelins et la

    galerie de Beauvais. Paris : Mobilier National : Dilecta, 2001

  • GLOMET, Valérie. L'Etat et les ateliers d'Aubusson : créations et

    commande de tapisseries (1939-1990). La Tapisserie hier et aujourd'hui.

    2011. Paris : Ecole du Louvre, 2011

  • GRYNPAS NGUYEN, Alberte. Tapis/tapisseries d'artistes contemporains :

    Manufactures nationales Gobelins, Beauvais, Savonnerie, 1960 à nos

    jours. Paris : Flammarion, 2006,

  • JOBE, Jospeh (dir.), LURCAT, Jean (préface). Le grand livre de la tapisserie. Lausanne : Edita, 1965

  • ROCHEBLAVE, S. (préf.). Les Tapisseries de la tenture d'Artémis et

    sculpture moderne : sixième exposition. Strasbourg, Palais du Rhin :

    Commissariat général de la République, 1923

  • SAUTEREAU, Marc (dir. Publ.). La cité internationale de la tapisserie et

    de l'art tissé : Aubusson nouvelle ère. Paris : Archistorm, 2012

(c) Inventaire général - Baguet Aude
Aude Baguet

Chargée de l'inventaire des œuvres d'art de l'Université de Strasbourg auprès du Service de l'Action Culturelle de l'Université (SUAC) de 2011 à 2012.


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