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Sculptures ; pièces murales ; tableaux de tapisserie ; décor d'architecture : ensemble d'oeuvres acquises par la procédure du 1 pourcent artistique

Dossier IM67018961 réalisé en 2012

Fiche

Dénominations sculpture, pièce murale, tableau de tapisserie, décor d'architecture
Titres
Aire d'étude et canton Strasbourg - Strasbourg
Adresse Commune : Strasbourg

En Novembre 2011, le Ministère de la Culture et de la Communication fêtait les 60 ans du 1% artistique en organisant un colloque à Rennes avec l'association A+U+C (Art+ Université+ Culture), dont l´Université de Strasbourg est membre, et rappelait ainsi l´obligation de décoration des constructions publiques.

La procédure : le décret du 1% artistique.

Le texte stipule qu'à chaque construction d´un établissement public - les nouvelles constructions ainsi que les extensions de bâtiments et leur réhabilitation sont concernées - 1% du budget de construction, soit 1% du montant hors taxes du coût prévisionnel des travaux, doit être réservé à l´acquisition ou à la commande d´une ou plusieurs œuvres d´art spécialement conçue(s) pour le bâtiment concerné.Un appel à candidature est lancé à l'échelle nationale à tous les artistes-plasticiens qui peuvent ainsi concourir. Tous les appels sont recensés sur le site du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC), dédié spécialement au 1% artistique.Toutes les formes d´expression artistiques sont concernées par cette procédure: nouveaux médias, peinture, sculpture, installation, design, vidéo, graphisme, création sonore, création paysagère. L´œuvre peut être aussi bien conçue pour l'intérieur d'un bâtiment que pour l'extérieur, ses alentours.La procédure impose que le programme de la commande soit rédigé par un comité artistique. Celui-ci se compose du maître d´ouvrage (le commanditaire du bâtiment), du maître d´œuvre (l´architecte), un utilisateur du bâtiment, le directeur régional des affaires culturelles (DRAC) et trois personnalités qualifiées dans le domaine des arts visuels. Vient ensuite la diffusion de l´appel à projet. Aujourd'hui, un site conçu par le MCC est d'ailleurs exclusivement dédié au 1%, et tous les appels à projet de France y sont recensés.La plupart du temps, la sélection se fait selon des critères propres à l´artiste d´une part (cohérence de sa démarche plastique dans sa globalité, expérience de réalisations similaires à l´échelle du bâtiment ou non), et au projet proposé d´autre part (respect du programme établi par le comité artistique, faisabilité, coût, lien avec le bâtiment concerné et ce qu´il abritera, et bien entendu originalité du projet).Enfin, des actions de sensibilisation des publics et de médiation (cartels, notices d´oeuvre, visites guidées) seront menées pour intégrer l´oeuvre au quotidien des usagers du bâtiment.

L'histoire du 1% artistique.

«L'architecture est le but de toute activité créatrice. La compléter en l'embellissant fut jadis la tâche principale des arts plastiques. Ils faisaient partie de l'architecture, ils lui étaient indissolublement liés.» Telle est la première phrase de Walter Gropius, directeur du Bahaus dans son manifeste publié en 1919.De même, dès les années 1920-30, Fernand Léger et Robert Delaunay pensaient également un art monumental lié à l'architecture.Ainsi, sans faire de rappel historique exhaustif, nombreuses étaient déjà, avant l'arrêté du 1% artistique en 1951, les tentatives de réunir les arts plastiques et l'architecture.En effet, en 1936, sous le ministère de Jean Zay, Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, et de Léo Lagrange, secrétaire d´État aux sports et aux loisirs, est née l'idée de réserver 1,5% du budget des constructions scolaires du Ministère de l´Éducation Nationale à la commande d'une œuvre d'art à un artiste.Si en 1951 la mesure est enfin votée, ce n'est que le 22 juillet 1959, sous le ministère d'André Malraux, qu´un décret en permet l'application afin de «rendre accessible les œuvres capitales de l'humanité et d'abord de la France, d'assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres d'art et de l´esprit qui l'enrichissent.» L'arrêté du 2 janvier 1969, lui, crée la commission nationale du 1% artistique, composée de représentants de l´Éducation Nationale et des Affaires Culturelles, des directeurs régionaux des Affaires Culturelles et leurs conseillers artistiques, du directeur de l'action culturelle de la Jeunesse et des Sports de la Ville de Paris, d'artistes, d'architectes, de critiques d'art.Le dispositif était initialement réservé aux bâtiments du Ministère de l´Éducation Nationale, il a ensuite été élargi à la plupart des constructions publiques de l´État et à celles des collectivités territoriales. En 1983, le 1% est également décentralisé (loi du 22 juillet 1983). Il sera désormais pris financièrement en charge par les collectivités territoriales.

Aujourd'hui, le cadre et les modalités d'application du «1%» artistique sont définis par le décret n° 2002-677 du 29 avril 2002, modifié par le décret 2005-90 du 4 février 2005, et consolidé au 03 juillet 2010, pris en application de l'article 71 du Code des marchés publics. La circulaire du ministre de la Culture et de la Communication du 16 août 2006 précise la procédure.

Les enjeux.

En 1932, dans un contexte de récession économique et de chômage des artistes, un syndicat de sculpteurs demande aux pouvoirs publics et aux élus des chambres qu´un programme d´aide aux artistes soit élaboré. Cette mesure du 1% artistique, née du Front Populaire, s´inscrit donc comme une mesure de soutien aux artistes.D´autre part, le 1% artistique en 1951 marque un rejet du statut décoratif traditionnel de l´œuvre. Longtemps, les seules œuvres d´art visibles dans l´espace urbain étaient les monuments aux sujets allégoriques ou historiques. Vecteur du pouvoir, qu´il soit monarchique, révolutionnaire, républicain ou encore religieux, la «sculpture-monument» devait, non seulement, respecter des codes stylistiques académiques, mais également véhiculer une idéologie ou commémorer un événement. Après la Première Guerre mondiale, la commande publique fut longtemps restreinte aux monuments aux morts. Or, au cours du 20e siècle, des sculpteurs de renom, comme Constantin Brancusi, impulsent un changement dans la conception de cet art . Dès lors, la sculpture ne sera plus seulement statues, groupes sculptés ou encore reliefs dans l´espace urbain. Mais elle sera objet autonome, sans socle, non cantonnée à la figuration, objet reproductible et même plus tard environnement, installation, etc... Elle connaîtra, comme tous les arts, un éclatement croissant de sa définition, que les 1% rendent visible au plus grand nombre.Ainsi ce décret naît d'une volonté politique de constituer un patrimoine artistique contemporain.Dans les années 1950-60, avec la création des Villes Nouvelles, on fait appel à des artistes pour aménager l´espace. Il s´agit de veiller à ne pas reproduire des banlieues. Le 1% artistique provient d´une volonté d´améliorer le cadre de vie.Enfin, le 1% artistique contribue à créer les conditions possibles d´un dialogue entre architecture et arts plastiques.

Les difficultés liées au 1% artistique.

Si le 1% artistique est bien une obligation juridique, force est de constater que celle-ci n´est que rarement respectée. Plusieurs difficultés, encore persistantes aujourd’hui, ont pu être relevées dès les premiers essais d´application de ce décret.Tout d´abord, s´il est bien une difficulté formulée par la grande majorité des protagonistes du 1% artistique, c´est le dialogue entre art et architecture. Dès les années 1960-70, l´architecte était trop présent dans le choix du projet et de l´artiste, qui, lui, était insuffisamment associé au projet d´architecture et d´urbanisme. En 1970, une enquête fut menée par Les Lettres Françaises. Elle mit l´accent sur le fait que l´architecte ne laisserait pas de place à l´artiste. 40 ans plus tard, les intervenants du colloque sur les «60 ans du 1%» témoignent de la résistance de ce problème. On a aussi reproché, dès le début, à certains 1% de n´être qu´une œuvre d´atelier mise à l´échelle de la ville, pour l'occasion.D´autre part, la question financière se pose également souvent: même s´il s´agit de prélever 1% du montant hors taxes du coût prévisionnel des travaux, ce 1% est souvent jugé plus utile pour d´autres équipements du bâtiment. Ou bien encore, l'architecte souhaite en faire usage pour décorer lui-même sa construction.Le 1% à l´Université de Strasbourg.Les Universités sont concernées par ce décret depuis le début (1951), puisqu'elles relevaient du Ministère de l´Éducation Nationale.Finalement, sur 42 bâtiments appartenant à l´Université de Strasbourg et construits après 1951, le décret a été respecté pour seulement 13 à 15 d´entre eux. Aujourd'hui, l´Université de Strasbourg compte 13 œuvres issues de la procédure du 1 % artistique, et 2, pour lesquelles le doute persiste quant à leur procédure d´acquisition ou même leur statut de création artistique. Un autre 1% est également en préparation pour les nouveaux locaux de l´Institut d´études politiques dans l´enceinte de l´Hôpital Civil. Ainsi, la majorité des œuvres issues de la procédure du 1% artistique à l´Université de Strasbourg date des années 1960-70, 1960 pour la plus ancienne (une tapisserie de Jacques Despierre à la faculté de pharmacie) et 1977 pour les deux plus récentes de cette période (un relief de Françoise Mosser-Cardon intitulé «Feu régulateur» à l'Institut de physique et de chimie biologique et une mosaïque de Roger Lersy intitulée «Rythmes de la technologie» à l'IUT Robert Schuman). Ensuite, viennent directement les années 1990avec: «les Gardiens de mémoire» de Jean-Paul Turmel en 1994, au bâtiment de l'Escarpe, et «Antipodes» de Vladimir Skoda en 1997, à côté du bâtiment du Portique. Enfin, en 2006, une installation paysagère de David Hurstel est réalisée à la bibliothèque de la faculté de pharmacie.Ce découpage temporel peut s´expliquer par la construction de la majorité des bâtiments du campus de l´Esplanade durant les années 1960-70 et par la lenteur de mise en application de la procédure du 1% qui passait alors encore pour une nouveauté dix ans après le décrêt (1951). Certains des artistes de ce dossier sont reconnus internationalement, tels que François Stahly, Robert Wogensky, Vladimir Skoda, Etienne Hajdu, Bernard Mougin, Jacques Despierre, Louis-Marie Jullien. Les autres jouissent d´une renommée au plan local et national comme Jean-Paul Turmel, Jacques Bertoux, Françoise Mosser-Cardon, Roger Lersy.Sur 13 œuvres d´art, 6 sont des sculptures, 4 des tapisseries, 3 des mosaïques ou céramiques et 1 installation paysagère. Est-ce à dire que la sculpture se prêterait davantage à la procédure du 1% artistique ? La sculpture étant souvent plus adaptée aux conditions d'exposition en extérieur, elle peut paraître de prime à bord plus appropriée à l´élaboration d´un art dans l´espace public. Se pose aujourd'hui la question de la propriété de ces œuvres: appartiennent-elles à l´Université dans laquelle elles se trouvent ou bien encore au Ministère de l´Éducation National, et donc à l´État? Par conséquent, qui en est le gestionnaire? Un vide juridique laisse la problématique ouverte et peut entraîner des dommages quant à l´entretien de ces œuvres, nécessitant des moyens financiers faisant aujourd'hui défaut.

Statut de la propriété propriété d'un établissement public de l'Etat

Références documentaires

Bibliographie
  • AGUILAR, Yves. Un art de fonctionnaires, Le 1% : introduction aux catégories esthétiques de l'Etat. Editions Jacqueline Chambon, 1998

  • BUREN Daniel. A force de descendre dans la rue l'art peut-il y monter?. Sens & Tonka, 1998

  • CROS, C. et LE BON, Laurent. L'art à ciel ouvert : commandes publiques en France 1983-2007. Flammarion, 2008

  • LAGNIER, Sylvie. Sculpture et espace urbain en France : histoire de l'instauration d'un dialogue, 1951-1992. Paris : L'Harmattan, 2001

  • ROBIC, Jean-François. Sculptures trouvées : espace public et invention du regard. L'Harmattan, 2003

  • ROCHLITZ, Rainer. Subversion et subvention : Art contemporain et argumentation esthétique. Gallimard, 1994

  • Circulaire du ministre de la Culture et de la Communication, datée du 16 août et publiée au Journal Officiel du 30 septembre 2006

  • Décret n° 2002-677 du 29 avril 2002, modifié par le décret n° 2005-90 du 4 février 2005

  • La sculpture commémorative dans l'espace public au 20e siècle (2 ex.). CNDP, 2006

  • Obligation de décoration des constructions publiques. Article 71. Code des marchés publics, 2006

  • Un élu, un artiste : Mission Reprérage(s) : 17 rencontres itinérantes

    pour une approche sensible de la ville. Entretemps éditions, 2006

  • Site Internet du ministère de la culture. Direction générale de la création artistique [disponible sur www.culture.gouv.fr/culture/dap/dap/unpourcent/?pg=accueil (vu le 10/02/2014)]

Périodiques
  • YANG-PAYA, My-Kim et GUIBERT, Floriane. "Propriété des personnes publiques, l´entretien des œuvres d´art". La Gazette, 21 mars 2011, p55.

(c) Inventaire général - Baguet Aude
Aude Baguet

Chargée de l'inventaire des œuvres d'art de l'Université de Strasbourg auprès du Service de l'Action Culturelle de l'Université (SUAC) de 2011 à 2012.


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