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Forge, puis tissage et filature Jean Kiener, puis Filatures & Tissages Jean Kiener Fils, puis caserne

Dossier IA68003772 réalisé en 1994

Fiche

La mise à jour du dossier intervient dans le cadre d'une opération ponctuelle menée par Frank Schwarz en juin 2017 et liée à une recherche portant sur la thématique des isolats industriels. Elle s'inscrit en outre dans une enquête thématique visant à interroger la transformation du paysage des vallées vosgiennes du Haut-Rhin sous l’effet de l’industrialisation. La nouvelle synthèse ci-dessous donne ainsi lieu à une organisation spécifique des informations permettant de mettre en exergue divers aspects de la problématique retenue.

Les compléments d’information portent sur l’historique et la description de l'usine. Ils ont également conduits à préciser le titre courant du dossier et sa dénomination. La mise à jour a en outre donné lieu à une campagne de prises de vue complémentaire assurée par Christophe Hamm et une cartographie du site, réalisée par Abdessalem Rachedi.

Historique

Réaffectation d’un site protoindustriel

En 1838, le taillandier munstérien Jean Bicking s’associe à Martin Bresch, qui exploite une ferme à l’extrême ouest du ban communal de Wintzenheim, pour fonder sur place une forge mécanique. Pour ce faire, il acquiert de nombreuses prairies et y fait percer un canal usinier. L’établissement, mis en fonction en 1843, donne son nom au lieu. Il est actionné par quatre roues à augets et se compose d’un feu d’affinerie, de cinq foyers de maréchalerie, d’un gros marteau et de quatre martinets. En 1847, Jean Kiener (1794-1875), qui exploite déjà en amont l’usine textile du Muehlele à Gunsbach (étudiée, IA68000810), prend à bail la forge. L’établissement fabrique et répare les outils aratoires des viticulteurs du secteur et fournit aux industriels les grosses pièces en fer dont ils ont besoin. La production annuelle s’élève alors à 600 quintaux de pièces diverses.

Implantation originelle

La forge fondée par Jean Bicking est établie aux confins occidentaux du ban communal de Wintzenheim, au lieu-dit Eilftagen, au sud-est du village de Walbach, dans une zone dénuée de toute habitation si ce n’est une ferme avec grange et écuries. Implantée sur la rive droite du cours dédoublé de la Fecht, elle est mise en mouvement par les eaux dérivées de la rivière au moyen d’un canal d’amenée. L’établissement est bâti au sein d’une zone de prés de fauche et de pâture qui bordent le cours de la Fecht. Le site est desservi par la route départementale n° 12 de Colmar à Munster qui délimite son emprise, au sud.

Développement du site

En 1854, Jean Kiener se porte acquéreur du site de la forge qui constitue une propriété de près de 50 ares comprenant, outre les bâtiments productifs, une maison d’habitation, un potager, un verger, des champs, des prés, des écuries, une grange et d’autres constructions annexes. Il y fait bâtir, dans le prolongement ouest de la forge dont il poursuit l’exploitation, un tissage de coton mis en service en 1856 et actionné par des turbines hydrauliques. Cet établissement textile se compose d’un atelier en rez-de-chaussée couvert de sheds et équipé de 500 métiers à tisser, prolongé par une usine à étages qui accueille des magasins et les ateliers d’ourdissage et de parage (A). Deux années plus tard, il équipe son usine d’une machine à vapeur. Pour ce faire, il fait édifier une centrale d’énergie (B) avec cheminée de section carrée dans le prolongement ouest de l’usine-bloc (A). Dans le même temps, il fait construire une usine à gaz (disparue) à l’ouest du site et les premiers logements ouvriers qui constituent l’embryon de la future cité ouvrière (étudiée, IA68003774). Vers 1860, il complète ces installations d’une unité de filature qu’il aménage au sein du bâtiment initialement dédié à l’ourdissage et au parage (A). En 1867, l’activité textile occupe 275 ouvriers et la forge 17. Cette dernière cesse définitivement son activité en 1869.

Vers 1865, une villa patronale voit le jour sur les terrains qui jouxtent l’usine à l’est (étudiée, IA68003773). Jean Kiener fils (1838-1895) et son frère Alphonse prennent la succession de leur père dans la conduite de l’établissement, après le décès de ce dernier en 1875. Féru d’agronomie, Jean Kiener fils fonde sur place une ferme modèle (étudiée, IA68009000). Au début du 20e siècle, l’usine, dirigée alors par René Alphonse Kiener, est prolongée à l’ouest par des ateliers en rez-de-chaussée, couverts de sheds qui accueillent des métiers à tisser. Outre les bâtiments productifs, elle abrite une cuisine économique, une crèche, une chambre de bain, une cuisine ouvrière et une école. Après la Première Guerre mondiale, l’atelier de tissage originel à sheds, établi à l’est du site, est démolie et laisse place à un entrepôt industriel (D). Une centrale hydroélectrique (E) est mise en place en 1923 pour alimenter l’usine et les logements. Exploité à compter de 1925 sous la raison sociale Filatures & Tissages Jean Kiener Fils comme les autres usines du groupe, l’établissement est durement touché par la crise textile et doit fermer ses portes en 1930. Le site est alors scindé en plusieurs entités. La partie orientale avec la villa patronale, ses dépendances et son parc est acquise en 1936 par la SNCF qui aménage un aérium pour les enfants atteints de tuberculose. La partie centrale avec la maison d’habitation du directeur de forge, l’école et l’ensemble des bâtiments agricoles est investie en 1937 par l’entrepreneur René Olry de Turckheim (Haut-Rhin). Les bâtiments productifs, à l’ouest, sont repris en 1938 par la société Nouvelle Filature de Turckheim qui finit par les céder, après la Seconde Guerre mondiale, au ministère de la Défense pour servir de caserne militaire. En 1951, la commune de Wintzenheim se porte acquéreur de la maison abritant l’école. En 1977, la caserne militaire ferme ses portes. Par la suite, ces locaux abritent un dépôt de camions militaires, puis un garage pour caravanes et camping-cars. L’ancienne usine est rachetée en 2006 par la commune de Wintzenheim qui procède à la démolition des ateliers à sheds en 2009. Sur le terrain ainsi libéré est édifié un hall commercial. L’unité de filature (A), reconvertie en bureaux, est toujours présente sur le site tout comme l'entrepôt industriel (D) la centrale hydroélectrique (E).

Sources d’énergie

Au moment de sa création, le tissage mécanique Kiener est mis en mouvement par des turbines hydrauliques. Dès 1858, on y adjoint une machine à vapeur, système Wolf, d’une force de 40 CV. A la veille de la Première Guerre mondiale, l’usine est équipée de deux turbines hydrauliques, l’une de type Girard fabriquée par les Ets Socin et Wick de Bâle (Suisse) et développant 140 CV, la seconde produite par les Ets André Koechlin de Mulhouse (Haut-Rhin). Il s’agit vraisemblablement des turbines originelles. S’y ajoute une machine à vapeur tandem, horizontale, issue des ateliers de la firme S.A.C.M. de Mulhouse et développant 250 CV.

Description

De l’usine textile Kiener ne subsistent à ce jour, d’ouest en est, que l’usine à étages ayant accueilli l’atelier d’ourdissage et de parage puis l’unité de filature (A), flanquée à l’ouest de la centrale d’énergie (B), la conciergerie (C), un entrepôt industriel (D), la centrale hydroélectrique (E) établie à cheval sur le canal usinier, le réservoir d’eau (F), la maison d’habitation du directeur de la forge (G) et les écuries originelles de l’usine (H). Pour l'identification des bâtiments, se reporter au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20186801000NUDA).

De plan rectangulaire, l’atelier de fabrication dédié à la filature (A) comporte un rez-de-chaussée et deux étages carrés couverts d’un toit à longs pans avec tuiles mécaniques. Édifié en maçonnerie enduite sur un soubassement en appareil de grès, il est ajouré de dix travées de baies rectangulaires avec encadrements en grès. La centrale d’énergie (B) qui lui est accolée à l’ouest se compose de la salle des machines à deux étages carrés et de la chaufferie en rez-de-chaussée sous un toit en appentis. L'élévation antérieure de la chaufferie était autrefois percée de trois baies en plein cintre aujourd’hui murées et dont il ne subsiste que les arcs en briques.

La conciergerie (C), implantée le long de la route, adopte un plan rectangulaire. Édifiée en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès appareillés, elle comporte un étage carré sous un toit à longs pans avec tuiles mécaniques. Elle est cantonnée de chaînes d’angle droites en grès et ajourée de baies rectangulaires encadrées de grès.

L’entrepôt industriel (D), de plan rectangulaire, se déploie en rez-de-chaussée sous quatre travées de toits à longs pans accolées et couvertes de tuiles mécaniques. Il est édifié en maçonnerie enduite et essentage de planches en pignon. La centrale hydroélectrique (E), qui lui est accolée au nord et à l’est, adopte un plan en L. Elle se compose d’un bâtiment de haute stature, prolongé à l’ouest et au sud par un corps de bâtiment en rez-de-chaussée. Bâti en maçonnerie enduite, l’ensemble est couvert de toits à longs pans avec croupes et tuiles mécaniques. L’édifice, ajouré de baies rectangulaires avec appuis saillants en ciment, abrite trois grosses turbines visiblement toujours en fonction (non accessible). Il est flanqué, au nord-ouest, d’un réservoir d’eau (G) circulaire en béton.

A l’est du site se dresse la maison du directeur de la forge (G), de plan rectangulaire. Édifiée en maçonnerie enduite et pan de bois pour le pignon nord, elle comprend un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré sous un toit à longs pans à égouts retroussés et tuiles mécaniques. Son élévation postérieure est partiellement flanquée d’une galerie en bois avec garde-corps à balustres tournés. Les baies sont rectangulaires avec encadrements en grès rose. Au nord, se déploient les écuries originelles de l’usine (H), de plan rectangulaire allongé. Édifiées en maçonnerie enduite et essentage de planches en partie supérieure de leur élévation antérieure, elles comportent un rez-de-chaussée et un comble à surcroît couverts d’un toit à longs pans débordant formant auvent à couverture en tuiles mécaniques.

Appellations Filatures & Tissages Jean Kiener
Destinations tissage, caserne, laboratoire
Parties constituantes non étudiées atelier de fabrication, bief de dérivation, cour, chaufferie, salle des machines, conciergerie, entrepôt industriel, centrale hydroélectrique, réservoir, logement patronal, écurie
Dénominations forge, tissage, filature, caserne
Aire d'étude et canton Wintzenheim
Hydrographies Fecht (dérivation de la)
Adresse Commune : Wintzenheim
Lieu-dit : La Forge
Adresse : 8 rue Principale
Cadastre : 1985 77

Taillanderie créé en 1840 par Jean Bicking de Munster à un endroit situé entre Wintzenheim et Munster où ne s'élevait aucun bâtiment, mais en bordure de la Fecht ; elle comprenait un feu d'affinerie, un marteau, trois martinets, une soufflerie et un canal de dérivation des eaux de la rivière ; en 1847 l'usine est louée à Jean Kiener de Gunsbach qui y installe un tissage mécanique de coton et une filature, dont il devient propriétaire en 1854 ; la taillanderie disparaît en 1869 ; l'industriel construit au même lieu-dit une villa et des maisons d'ouvriers ; l'usine fonctionne jusqu'à la 2e guerre mondiale puis est occupée par une caserne ; actuellement elle abrite un laboratoire départemental et des bureaux.

Complément de l'enquête menée en 2017 :

En 1838, le taillandier munstérien Jean Bicking s’associe à Martin Bresch, qui exploite une ferme à l’extrême ouest du ban communal de Wintzenheim, pour fonder sur place une forge mécanique. L’établissement, mis en fonction en 1843, donne son nom au lieu. En 1847, le manufacturier Jean Kiener prend à bail la forge puis acquiert le site en 1854. Il y fait bâtir un tissage de coton mis en service en 1856. Deux années plus tard, il équipe son usine d’une machine à vapeur. Dans le même temps, il fait construire les premiers logements ouvriers qui constituent l’embryon de la future cité ouvrière (étudiée, IA68003774). Vers 1860, il complète ces installations d’une unité de filature. Une villa patronale voit également le jour, autour de 1865, sur les terrains qui jouxtent l’usine à l’est (étudiée, IA68003773).

Au début du 20e siècle, l’usine, dirigée par René Alphonse Kiener, est prolongée à l’ouest par des ateliers en rez-de-chaussée, couverts de sheds qui accueillent des métiers à tisser. Une centrale hydroélectrique est mise en place en 1923. L’établissement est durement touché par la crise textile et doit fermer ses portes en 1930. Le site est alors scindé. La partie orientale avec la villa patronale, ses dépendances et son parc est acquise en 1936 par la SNCF qui aménage un aérium pour les enfants atteints de tuberculose. Les bâtiments productifs, à l’ouest, sont repris en 1938 par la société Nouvelle Filature de Turckheim qui finit par les céder, après la Seconde Guerre mondiale, au ministère de la Défense pour servir de caserne militaire. En 1977, cette dernière ferme ses portes. Les locaux abritent un dépôt de camions militaires, puis un garage pour caravanes et camping-cars.

Période(s) Principale : 2e quart 19e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle , daté par source
Secondaire : 1er quart 20e siècle , daté par travaux historiques
Dates 1843, daté par source
1856, daté par source
1858, daté par source
1923, daté par source
Auteur(s) Auteur : Kiener Jean, auteur commanditaire, attribution par source
Auteur : Kiener Jean, auteur commanditaire, attribution par source
Auteur : Kiener René Alphonse, auteur commanditaire, attribution par source

Un bâtiment en maçonnerie de deux étages carrés date peut-être du 19e siècle (rez-de-chaussée dénaturé) , un vaste bâtiment couvert de sheds abritait probablement le tissage de Kiener.

Complément de l'enquête menée en 2017 :

De l’usine textile Kiener ne subsistent que quelques bâtiments du fait de démolitions successives. De plan rectangulaire, l’atelier de fabrication dédié à la filature, édifié en maçonnerie enduite, comporte un rez-de-chaussée et deux étages carrés couverts d’un toit à longs pans avec tuiles mécaniques. La centrale d’énergie qui lui est accolée à l’ouest se compose de la salle des machines à deux étages carrés et de la chaufferie en rez-de-chaussée sous un toit en appentis. La conciergerie, édifiée en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès appareillés, comporte un étage carré sous un toit à longs pans avec tuiles mécaniques.

L’entrepôt industriel, de plan rectangulaire, se déploie en rez-de-chaussée sous quatre travées de toits à longs pans accolées et couvertes de tuiles mécaniques. Il est édifié en maçonnerie enduite et essentage de planches en pignon. La centrale hydroélectrique, bâtie en maçonnerie enduite, est couverte de toits à longs pans avec croupes et tuiles mécaniques.

A l’est du site se dresse la maison du directeur de la forge. Édifiée en maçonnerie enduite et pan de bois pour le pignon nord, elle comprend un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré sous un toit à longs pans à égouts retroussés et tuiles mécaniques. Au nord, se déploient les écuries originelles de l’usine, de plan rectangulaire allongé. Réalisées en maçonnerie enduite et essentage de planches, elles comportent un rez-de-chaussée et un comble à surcroît couverts d’un toit à longs pans.

Murs maçonnerie enduit
grès
essentage de planches
pan de bois
Toit tuile mécanique
Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, rez-de-chaussée, rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés, comble à surcroît
Couvertures toit à longs pans croupe
appentis
Énergies énergie hydraulique produite sur place
énergie thermique produite sur place
(c) Inventaire général - Scheurer Marie-Philippe - Eller Olivia - Schwarz Frank