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Filature de laine peignée F. Nifenecker & Cie, puis Hartmann-Reichard & Cie, puis Albert-Reichard et Cie, puis Albert-Kellermann et Cie, puis Kammgarnspinnerei-Erstein A.G., puis Filature de Laine Peignée d'Erstein

Dossier IA67077984

Fiche

La rédaction de ce dossier intervient dans le cadre d'une opération d'urgence menée par Frank Schwarz en octobre 2017 en raison du projet de reconversion de la salle des machines de l'ancienne Filature de laine peignée d'Erstein en Maison de la Musique. Menée par la Commune d'Erstein, ce projet va conduire à la transformation intérieure de l'édifice et à son extension sous la forme d'une adjonction contemporaine. La campagne de prises de vues est assurée par Siméon Levaillant.

Elle a donné lieu à la rédaction d'une synthèse qui précise l'historique de l'usine.

Historique

En 1855, Frédéric Nifenecker et Henri Schlumberger, tous deux originaires de Guebwiller (Haut-Rhin), fondent à Erstein une filature de laine peignée sur un terrain cédé par le baron Zorn de Bulach, à proximité du château de la Reebmatt édifié en 1558 (étudié, IA00023242). L’établissement est exploité sous la dénomination Filature de laine peignée F. Nifenecker & Cie. Un nouvel atelier en rez-de-chaussée est édifié en 1857 sur le site. Supportée par des piliers en fonte, sa couverture est constituée de 88 voûtes d'arêtes percées et coiffées d'un lanterneau vitré pyramidal. En 1860, deux nouveaux gérants, Auguste Hartmann et Charles-Alexandre Reichard, prennent la tête de l’usine qui adopte alors la raison sociale Hartmann-Reichard & Cie. En 1871, l’usine est agrandie par la construction d’une nouvelle chaufferie avec château d'eau et de nouveaux ateliers à sheds dédiés au lavage de la laine, au peignage, au renvidage et à la préparation.

En 1882, une nouvelle extension de l’usine est programmée. Pour ce faire, le baron Zorn de Bulach cède à la société Hartmann-Reichard & Cie, les terrains de la Reebmatt encore en sa possession ainsi que le vétuste château éponyme. Celle-ci fait combler les fossés et charge l'entreprise Willer-Wittenburg d'Erstein de la démolition du château. L’usine est alors augmentée vers l’est d’une nouvelle filature, d’une unité d’impression et de teinture avec chaufferie dédiée, d’une menuiserie et de hangars et enfin d’une grande centrale d’énergie qui associe chaufferie et salle des machines (édifice transformé mais conservé de nos jours sous la forme d'une médiathèque). En 1892, suite aux décès de Messieurs Auguste Hartmann et Charles-Alexandre Reichard, la société change de dénomination pour adopter celle d’Albert-Reichard et Cie. Auguste Hartmann est remplacé par Rémy Albert, ingénieur, originaire de Roubaix (Nord). Charles Alexandre Reichard est remplacé par son fils, Charles-Maximilien. Cette même année, un atelier de retordage vient flanquer la filature de 1882, au nord. L'usine occupe alors 45 000 m2 couverts. De nouveaux magasins industriels sont édifiés en 1893, puis une unité de retordage et de dévidage en 1896.

Le 1er janvier 1905, Frédéric Kellermann remplace Charles-Maximilien Reichard. La société prend alors le nom d’Albert-Kellermann et Cie. En 1912, l'établissement Albert-Kellermann, société en commandite par actions, est transformée en société anonyme sous la dénomination Kammgarnspinnerei-Erstein A.G. En 1913, la grande centrale d’énergie est pourvue d’une nouvelle cheminée (conservée) d’une hauteur de 60 m, édifiée par la maison Albert Agrippino-Helm de Mulhouse. Après la Première Guerre mondiale, la filature est dirigée par Édouard Vogel. En 1921, elle change à nouveau de dénomination, la Kammgarnspinnerei-Erstein A.G. devient la Filature de Laine Peignée d'Erstein. L’année suivante, la centrale d’énergie est agrandie vers l’est afin d'y loger quatre chaudières supplémentaires. En 1925, on procède à la mise en service d’une nouvelle machine à vapeur qui est abritée dans un bâtiment édifié au sud-ouest de la centrale d’énergie selon les plans d’A. Vogt (conservé). Cette dernière est débarrassée de son ancienne machine à vapeur et convertie en chaufferie. A partir de là, toutes les autres chaufferies et leurs machines à vapeur, de la teinturerie au sud et du lavage à l'ouest, sont arrêtées. Toute la force motrice de l’établissement est concentrée dans cet ensemble beaucoup plus rationnel de deux bâtiments voisins constituant désormais le pôle énergétique de l'usine. Pour faciliter l’alimentation en charbon, la filature décide de se doter d'un système de chargement par monorail aérien et de nouvelles chaudières automatisées plus performantes. Ceci nécessite de rehausser la chaufferie de 1882 de trois mètres, travaux réalisés en 1927 par la société Preiswerk de Saint-Louis (Haut-Rhin). En 1928, la société Leuprecht et Ebbell de Bâle (Suisse) procède à l’installation du monorail.

Après la Deuxième Guerre mondiale, l’usine est modernisée et s’équipe progressivement de continus à filer de marque "Perfect". En 1956, les frères Hans et Fritz Schlumpf, industriels du textile dans le Haut-Rhin, prennent la direction de l’entreprise. Ces derniers l’exploitent jusqu’au dépôt de bilan de leur groupe en 1976. En janvier 1977, la Filature de Laine Peignée d'Erstein est reprise par le groupe Vandeputte dirigée par Émile Van de Putte, patron du textile dans le nord de la France. Au début des années 1980, on procède à la démolition de certains bâtiments, notamment l’ancien atelier de triage de la laine. A la même époque, le parc des machines est modernisé. Durant les années 1990, l’activité se ralentit, les plans sociaux se succèdent. En décembre 1999, il ne reste que 54 employés sur le site. L’usine ferme définitivement ses portes en février 2002. La totalité des bâtiments sont démolis en 2004 et 2005 à l’exception de la grande chaufferie transformée en médiathèque communale par le cabinet d’architectes Schweitzer et associés et de la salle des machines édifiée en 1925 qui fait aujourd’hui l’objet d’un projet de reconversion en Maison de la Musique. Ce programme, mené par l’agence Rey-Lucquet, donnera également lieu à une extension contemporaine. Les terrains libérés par la démolition des surfaces productives ont fait l’objet d’une vaste opération de construction d’immeubles résidentiels.

Lors de sa création en 1855, la filature de laine peignée Nifenecker est équipée d’une une machine à vapeur horizontale d’une force totale de 24 CV, autorisée par arrêté préfectoral du 15 juin 1855. En 1882, au moment de l’édification de la grande centrale d’énergie, quatre chaudières du constructeur Wick-Spoerlein de Mulhouse (Haut-Rhin) alimentent une machine à vapeur de 250 CV des établissements Berger-André de Thann (Haut-Rhin). En 1896, trois nouvelles chaudières du même fabricant sont branchées en série aux quatre précédentes. Une nouvelle machine à vapeur Corliss-Compound de 800 CV vient prendre la place de l'ancienne. En 1925, la filature dispose de dix chaudières Wick-Spoerlein et d'une machine à vapeur de la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques (SACM) de 1800 CV. En 1928, deux chaudières automatiques de la SACM sont mises en fonction et associées aux huit chaudières Wick-Spoerlein conservées. Il s'agit de deux chaudières ambitubulaires dont l'alimentation en charbon se faisait mécaniquement par silos, trémies et vis d'Archimède dans deux foyers à grilles automatiques. En 1979, l'usine est raccordée au gaz de ville pour l'alimentation de deux nouvelles chaudières SACM fonctionnant au gaz et /ou au fuel.Datations

Précision dénomination filature de laine peignée
Destinations Filature de Laine Peignée d'Erstein
Parties constituantes non étudiées salle des machines, chaufferie, cheminée d'usine
Dénominations filature
Aire d'étude et canton Bas-Rhin - Erstein
Adresse Commune : Erstein
Adresse : place du Château de la Rebmatt
Cadastre : 2017 AY01 157, 172

En 1855, Frédéric Nifenecker et Henri Schlumberger fondent à Erstein une filature de laine peignée exploitée sous la dénomination Filature de laine peignée F. Nifenecker & Cie. Un nouvel atelier en rez-de-chaussée est édifié en 1857. En 1860, l’usine adopte la raison sociale Hartmann-Reichard & Cie. En 1871, elle est agrandie par la construction d’une nouvelle chaufferie avec château d'eau et d'ateliers à sheds.

En 1882, l’usine est augmentée d’une nouvelle filature, d’une unité d’impression et de teinture avec chaufferie dédiée, d’une menuiserie et de hangars et enfin d’une grande centrale d’énergie qui associe chaufferie et salle des machines (médiathèque actuelle). En 1892, la société change de dénomination pour adopter celle d’Albert-Reichard et Cie. Cette même année, un atelier de retordage vient flanquer la filature de 1882, au nord. De nouveaux magasins industriels sont édifiés en 1893, puis une unité de retordage et de dévidage en 1896.

Le 1er janvier 1905, la société prend le nom d’Albert-Kellermann et Cie qui, en 1921, devient la Filature de Laine Peignée d'Erstein. L’année suivante, la centrale d’énergie est agrandie vers l’est afin d'y loger quatre chaudières supplémentaires. En 1925, on procède à la mise en service d’une nouvelle machine à vapeur qui est abritée dans un bâtiment édifié au sud-ouest de la centrale d’énergie. Cette dernière est débarrassée de son ancienne machine à vapeur et convertie en chaufferie. Dès lors, toute la force motrice de l’établissement est concentrée dans cet ensemble de deux bâtiments voisins constituant le pôle énergétique de l'usine. En 1927, on procède au rehaussement de la chaufferie de 1882, afin de permettre l’installation d'un monorail pour l'alimentation en charbon.

En 1956, les frères Hans et Fritz Schlumpf, industriels du textile dans le Haut-Rhin, prennent la direction de l’entreprise. Ces derniers l’exploitent jusqu’au dépôt de bilan de leur groupe en 1976. En janvier 1977, la Filature de Laine Peignée d'Erstein est reprise par le groupe Vandeputte. Durant les années 1990, l’activité se ralentit, les plans sociaux se succèdent. L’usine ferme définitivement ses portes en février 2002. La totalité des bâtiments est démolie en 2004 et 2005 à l’exception de la grande chaufferie transformée en médiathèque communale et de la salle des machines édifiée en 1925 qui fait aujourd’hui l’objet d’un projet de reconversion en Maison de la Musique.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle, 4e quart 19e siècle , daté par source
Secondaire : 4e quart 19e siècle, 1er quart 20e siècle, 2e quart 20e siècle , daté par source
Dates 1855, daté par source
1857, daté par source
1871, daté par source
1882, daté par source
1892, daté par source
1893, daté par source
1896, daté par source
1913, daté par source
1922, daté par source
1925, daté par source
1927, daté par source
Auteur(s) Auteur : Nifenecker Frédéric, auteur commanditaire, attribution par travaux historiques
Auteur : Schlumberger Henri, auteur commanditaire, attribution par travaux historiques

Les deux seuls édifices de la Filature de Laine Peignée d’Erstein conservés à ce jour, consistent en la chaufferie et la salle des machines établies à l’est de l’ancienne emprise usinière.

La chaufferie, de plan rectangulaire, est bâtie en moellons de grès assisés pour le premier niveau et en briques pour le rehaussement réalisé en 1927. Ce dernier est en retrait sur l’élévation antérieure, disposition nécessitée pour permettre le percement de sept trémies destinées à alimenter en charbon les différentes chaudières au moyen du monorail métallique toujours en place. L’ensemble est couvert par six travées de longs pans parallèles, habillées de zinc. Elle est ornée d’une frise à denticules et de chaînes d’angle régulières en briques. Les onze baies en plein cintre du rez-de-chaussée sont encadrées de grès avec arc en brique et clé en grès. Les douze fenêtres en partie supérieure sont rectangulaires. Sur la partie arrière se dresse la cheminée tronconique en brique cerclée de fer. A l’intérieur, la chaufferie, transformée en médiathèque, conserve sa charpente métallique apparente ainsi que ses deux chaudières ambitubulaires réunies dans un seul massif monumental de briques vernies et de fer. Chacune des deux chaudières est ornée, sur sa façade principale, de la plaque du constructeur (SOCIETE ALSACIENNE DE CONSTRUCTIONS MECANIQUES) avec mention du millésime de mise en fonction (1928) et des numéros de série (N° 3063 et 3064).

La salle des machines est également de plan rectangulaire. Bâtie en moellons de grès à gros joints, elle comporte un sous-sol et un rez-de-chaussée surélevé formant vaisseau sous un toit à longs pans couvert de tuiles mécaniques. Elle est cantonnée de chaînes d’angle régulières en briques et décorée d’une frise à denticules. Les baies en arc segmentaire et l’oculus du pignon oriental sont encadrés de grès. A l’intérieur, subsistent des vestiges du tableau de contrôle électrique, du sol carrelé et des frises de grecques qui ornaient les murs.

Murs moellon
brique
Toit zinc en couverture, tuile mécanique
Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, rez-de-chaussée surélevé
Couvertures toit à longs pans
Statut de la propriété propriété de la commune

Références documentaires

Bibliographie
  • DRACH, Pierre. Historique de la Filature d'Erstein. L'album-photo d'une grande famille. Erstein, 2013.

(c) Région Grand Est – Inventaire général - Schwarz Frank