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Edito

Depuis sa création en 1964, les chercheurs, cartographes et photographes du Service de l’Inventaire du Patrimoine de la Région Alsace ont constitué une importante documentation sur le patrimoine alsacien, riche de plus de 50.000 dossiers documentaires et de près de 250.000 clichés. 

Réalisée en format papier jusqu’en 2004 puis nativement numérique, cette documentation est désormais accessible depuis le site internet de l'inventaire du Patrimoine d’Alsace. Vous êtes ici sur la page vous permettant d’accéder directement aux dossiers numériques. Celle-ci s’enrichira pour regrouper à terme l’intégralité de la documentation produite. Vous pouvez d’ores et déjà consulter environ 20 000 dossiers des communes et enquêtes dont la liste détaillée est disponible sur cette page

D’autres dossiers viendront bientôt compléter cette base. En attendant, nous vous invitons à consulter également les dossiers documentaires numérisés sur l’onglet « dossiers documentaires » de notre site ou sur le portail documentaire du Ministère de la Culture (http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/patrimoine/) 

Nous vous souhaitons une agréable découverte.

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Lumière sur

Institut de recherche, édifice d'enseignement supérieur : Institut de Physique

La construction de l´université impériale de Strasbourg

Lorsque Strasbourg devient capitale du Reichsland en 1871, le pouvoir impérial met en place un ambitieux programme d´extension de la ville qui comprend la création d´une université moderne, dotée de moyens importants, destinés à être une vitrine de prestige de l´Allemagne prussienne.

Au sein de cette université modèle, bon nombre de ses instituts constituent dès la fin du XIXe siècle de véritables références en matière d´architecture.

Cela s´explique notamment par l´originalité du projet, qui tient dans l´existence, à côté du quartier de la faculté de médecine, d´un second quartier universitaire, celui-ci en plein centre ville, plus vaste et doté de puissantes constructions tout aussi modernes.

Le projet spatial global de cette université prend corps progressivement entre 1872 et 1877. Les anciens bâtiments de l´université françaises sont très critiqués : les instituts sont disséminés dans la ville et les édifices sont en totale inadéquation fonctionnelle avec les exigences de l´enseignement scientifique moderne. Il est donc très rapidement question de construire de nouveaux locaux, conformément d´ailleurs à la promesse qui a été faite aux futurs enseignants au moment de leur embauche. La question de son emplacement est débattue entre 1872 et 1875 et il est finalement décidé de séparer l´université en deux : au sud, près de la porte de l´Hôpital, la Faculté de Médecine, au nord, à la porte des Pêcheurs, les instituts scientifiques et le bâtiment collégial commun (l´actuel palais universitaire).

L´édification de cette université est confiée à Hermann Eggert, futur architecte des pavillons de l´Observatoire astronomique et du Palais du Rhin. Fraîchement nommé architecte du gouvernement auprès de l´Université, il arrive à Strasbourg en juillet 1875 et élabore, en un temps très bref, c´est-à-dire entre 1875 et 1878, les plans de l´université, en concertation étroite avec les universitaires, les professionnels (architectes, experts), administrateurs locaux et berlinois, militaires.

La nouvelle université prend la forme d´un ensemble de pavillons distincts regroupés dans un parc de 10 ha environ, rappelant le modèle de l´hôpital pavillonnaire de la fin du XVIIIème siècle. D´un point de vue technique, elle satisfait à toutes les exigences de l´enseignement et de la recherche scientifique, tandis que son aspect extérieur et sa centralité témoignent de l´importance de la signification nationale de l´université de Strasbourg et de la fonction qu´elle se doit d´occuper dans la société.

L´édification de l´Institut de Physique

Le nouveau campus universitaire allemand constitue une zone monofonctionnelle sur une unité foncière d´un seul tenant, au sein de laquelle est appliqué le principe de spécialisation des édifices. Ainsi, chaque institut élabore son programme. L´avant-projet et le projet sont conçus par H. Eggert selon les directives des directeurs d´institut, recrutés pour leur renom dans les disciplines enseignées. En physique, il s´agit du professeur Kundt. La collaboration entre l´architecte et le directeur d´institut permet dès lors l´adaptation de l´édifice aux exigences fonctionnelles des appareils et instruments d´observation, de mesure, et d´expérimentation les plus modernes d´Europe.

L´Institut de Physique fait partie de la première tranche de travaux financés, avec le palais universitaire et les instituts de Chimie et de Botanique. Sa construction débute en 1878 et s´étale jusqu´en 1881. Le bâtiment est livré en 1882.

La place de l´Institut de Physique au sein du campus universitaire allemand.

C´est justement pour répondre au mieux aux conditions de fonctionnement des instruments que la place de l´Institut de Physique initialement prévue au sein de la nouvelle université est révisée en février 1878. En effet, son implantation est définie à partir de prospects minima de 30 m de tous côtés, destinés à mettre ses appareils à l´abri de toute perturbation (bruits, poussières, vibrations, ondes magnétiques, etc) en provenance de la rue ou des édifices voisins. Le respect de ces normes est à l´origine de la transformation la plus importante du plan d´ensemble : le projet-programme de l´Université daté de 1877 situe l´Institut de Physique directement dans le prolongement du palais universitaire. Un institut de minéralogie zoologie est intercalé entre l´Institut de Physique, alors en forme de U, et celui de botanique. La modification du plan va entraîner d´une part la disparition de l´Institut de Minéralogie dans le prolongement du palais universitaire, le décalage de l´Institut de Physique plus à l´est, le situant à présent en face de l´Institut de Chimie, et directement à côté de l´Institut de Botanique ; et d´autre part le changement de plan de l´Institut de Physique en lui-même.

La place de l´Institut est également fonction d´autres principes. Celui de l´hygiénisme (Licht und Luft) est ainsi appliqué pour évaluer les distances entre les bâtiments, afin de garantir la libre circulation de l´air et de la lumière (il est à l´origine de l´asymétrie nord-sud du jardin de l´université. Comme pour la chimie, la botanique et la minéralogie, l´édifice est orienté est-ouest, avec la façade principale tournée vers le sud, afin de faire bénéficier les laboratoires de physique de l´ensoleillement direct. Par ailleurs, les astronomes Schur et Wislicenus auraient effectué des calculs pour vérifier si le bâtiment de deux étages de minéralogie (construit plus tard, entre 1887 et 1890) ne gênerait pas les travaux des physiciens. Dans cette même idée, les espaces de jardin jouent eux aussi un rôle primordial et leur aménagement diffère selon les fonctions : ainsi, les « jardins de devant » de l´Institut de Physique, qui placent le bâtiment largement en retrait de la rue de l´Université, ont un rôle de protection des nuisances de la rue, tandis les espaces interstitiels le protègent des bâtiments voisins. Pour autant, ces espaces ne doivent pas entraver l´ensoleillement et c´est pour cela qu´ils sont décorés de plantes à tige basse.

Le programme initial de l´Institut de Physique

Pour la conception et la réalisation de l´Institut de Physique, la maîtrise d´oeuvre est confiée à August Kundt (1839-1894). Ce jeune chercheur talentueux, enseignant charismatique, dirigera pendant 16 ans les débuts de l´Institut et en fera un prototype d´un des grands laboratoires de physique moderne.

Suivant le programme élaboré par le professeur Kundt, l´édifice doit comporter trois types d´espaces bien distincts :

1.des espaces qui obéissent aux impératifs des cours expérimentaux, à savoir un amphithéâtre avec accès direct depuis la rue de l´Université, une salle de préparation et une salle pour les collections.

2.des espaces pour la recherche et l´expérimentation, avec des piliers d´instruments solides et isolés des murs et de la toiture : des laboratoires pour le directeur, les professeurs sans chair (chargés de cours), les assistants et les étudiants en thèse.

3.des espaces pour les travaux pratiques pour les étudiants.

L´agencement de ces trois types d´espace doit se faire de façon contiguë, pour permettre au directeur de contrôler l´ensemble d´un seul coup d´oeil mais sans que le travail des uns puisse déranger celui des autres.

Une tour dépourvue de matériaux ferreux a en outre été construite pour les observations astrophysiques, les expériences pendulaires ou portant sur la gravité. Cette tour doit contenir un pilier solide et creux s´élevant jusqu´à la plateforme, qui permet des travaux tant en extérieur qu´en intérieur. Le programme initial prévoit même à l´intérieur de la tour, entre chaque étage, des planchers escamotables de façon individuelle, selon les besoins de l´expérimentation.

Il est également prévu qu´une partie du pilier de fondation serve de base pour l´installation d´instruments pour des expériences en spectroscopie, sur les rayonnements du soleil et du ciel. Une seconde petite salle de cours, trois salles pour la météorologie, la photographie et les collections technologiques, de même que les appartements des assistants ont aussi été établis à l´étage le plus élevé.

L´Institut de Physique à la fin du 19e siècle

La répartition intérieure des espaces tient compte des contraintes imposées par le programme d´August Kundt.

On y trouve au sous-sol les ateliers, la forge, la salle des machines (avec un moteur à gaz d´une puissance de trois chevaux et une génératrice pour les démonstrations), des salles pour les expérimentations en chimie, des espaces pour la température constante, des salles frigorifiques, le stock de charbon, des appartements de service.

Le rez-de-chaussée de l´aile Est contient les espaces dévolus à l´enseignement : l´amphithéâtre, qui s´étend sur deux étages, la salle des collections et la salle de préparation, où l´on stocke puis prépare le matériel nécessaire aux expériences. L´aile Ouest, à l´opposé, renferme les salles construites sans métal ferreux pour la recherche. La partie médiane du bâtiment comporte quant à elle, de part et d´autre de la tour creuse, le bureau et le laboratoire du directeur, plaçant ce dernier au coeur du dispositif, dans une position stratégique qui lui permet un accès (et un contrôle) facilité des espaces dévolus à la recherche d´un côté, et ceux réservés à l´enseignement de l´autre.

Au premier étage, les appartements du directeur, dans la partie de l´aile Est laissée disponible par le second niveau de l´amphithéâtre, et dans la partie médiane, séparent là encore les espaces d´enseignement des laboratoires de TP pour les étudiants, installés au-delà de la tour jusque dans l´aile Ouest.

Enfin, le second étage comporte dans sa partie Ouest les logements pour les assistants, une salle pour les cours de physique théorique ainsi que les laboratoires photographiques. Dans la partie Est sont situées des salles pour les réserves et pour la collection historique, dans le prolongement du deuxième niveau du logement du directeur. Nous ne disposons d'aucune information sur cette salle de collection historique : on peut supposer qu'il s'agissait d'appareils plus anciens, mais il est impossible de savoir si l'une des pièces qui nous sont parvenues aujourd'hui pouvait en faire partie.

Les principaux points techniques du cahier des charges adressé par Kundt sont également respectés.

Conformément à la commande initiale, le bâtiment est doté d´un amphithéâtre de 125 places, qui s´étend sur deux étages, accessible depuis la rue de l´Université par l´aile Est. L´équipement de cet espace d´enseignement a été particulièrement étudié : afin de permettre l´installation d´un podium pour des appareils de projection, des banquettes peuvent être rabattues près de la table pour les expérimentations. L´obscurité dans l´amphithéâtre s´obtient grâce à des volets roulants automatisés. Mais la lumière du soleil utile à la recherche peut être introduite grâce à une fenêtre du côté Est.

On retrouve également la fameuse tour creuse construite sans matériaux ferreux. Mais le plancher mobile qui devait séparer les différents étages n´a pas été installé et le dôme qui, selon les premiers plans d´Eggert, devait couvrir la structure, a finalement été remplacé par une simple terrasse laissée à découvert et bordée d´une balustrade.

D´autres dispositifs viennent renforcer la fonctionnalité de l´édifice. Un ascenseur a été installé dans la partie centrale pour le transport des instruments lourds.

Pour introduire la lumière du soleil nécessaire aux besoins optiques au moyen d´héliostats, des couloirs ont par ailleurs été ménagés dans les murs suivant des directions rectilignes nord-sud et est-ouest. Les fentes de lumières laissées ouvertes à cet effet dans le mur sont opturables.

Enfin, plusieurs systèmes de chauffage coexistent dans le même bâtiment : chauffage à air calorifère, chauffage à vapeur, chauffage central et enfin chauffage au fourneau pour les appartements de service.

Les évolutions successives du bâtiment

En plus d´un siècle de vie, le bâtiment de l´Institut de Physique a connu de nombreuses et régulières modifications. Celles-ci ont fait disparaître progressivement l´organisation initiale de l´espace, afin de répondre aux besoins des activités de recherche, d´enseignement et d´administration qu´abritent les lieux. On peut cependant retenir deux changements importants.

Le premier intervient au lendemain de la Première Guerre mondiale, où l´on décide de revoir l´aile du bâtiment occupée par les appartements du directeur : ceux-ci sont supprimés et un amphithéâtre, une bibliothèque, des laboratoires, des salles de travail et des bureaux y sont aménagés. Un bâtiment est construit dans la cour pour contenir les nombreuses batteries d´accumulateurs destinés à alimenter les électro-aimants, ainsi que leurs tableaux et leur groupe de charge. De ce bâtiment partent des câbles pouvant distribuer dans toutes les salles des courants de 100 à 200 ampères. Le chauffage central est installé, ainsi que l´éclairage électrique.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate et que les occupants allemands s´installent à l´université, le « vieil institut de physique » n´est pas utilisable. L´administration allemande, jugeant que le bâtiment avait été considérablement négligé pendant la période française, débloque un budget de 666 000 Reichsmark pour la seule restauration de l´édifice. Les travaux débutent en 1941 mais prennent du retard, de sorte que l´institut n'est plus guère utilisable durant la guerre. Les activités sont donc transférées dans un local provisoirement loué dans le quartier, au n° 3 de la rue Wimpheling. L´institut de physique théorique occupera pendant cette période le n° 2 de la même rue.

Le second changement correspond à la construction, en 1965, d´une extension, sous la direction du professeur Pluvinage, suivant les plans de B.Bonnet, F.Papillars, J.Brum et C.Kutkiewicz. L´élément principal de ce nouveau bâtiment, relié à l´ancien par une passerelle, est un amphithéâtre de 300 places.

Jusqu´en 1948, ce bâtiment a abrité l´ensemble des laboratoires et services administratifs attachés à l´enseignement et la recherche en sciences physiques à l´université. Et si un certain nombre d´activités ont progressivement quitté les lieux (étude des macromolécules en 1954, physique nucléaire à partir de 1959, magnétisme, physique du solide et spectroscopie dans les années 1970), l´Institut de Physique demeure encore aujourd´hui l´entité (administrative et géographique) centralisatrice et de direction des sciences physiques à Strasbourg.

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